9ᵉ arrondissement : quand les festivals deviennent la voix et la force de la jeunesse

Dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, les festivals culturels qui se multiplient ces dernières années jouent un rôle central dans la vie sociale et artistique du quartier. Faute d’infrastructures dédiées, aucune salle de spectacle, très peu d’espaces équipés, ces événements deviennent des scènes alternatives où la jeunesse peut s’exprimer, créer et se former.

La rédaction | i9

11/22/20253 min temps de lecture

Le 9ᵉ arrondissement, à majorité jeune, manque cruellement d’infrastructures dédiées à la culture : pas de salle de spectacle municipale, pas de centre culturel moderne, peu d’espaces de répétition.
Dans ce contexte, les festivals se transforment en scènes alternatives où musique, danse, slam, peinture, théâtre ou artisanat trouvent enfin leur place.

Les jeunes artistes, souvent sans studio ni salle d’entraînement, y trouvent une visibilité rare et une occasion unique de se produire devant un public réel.

Parmi ces initiatives, deux festivals se distinguent particulièrement :

  • Walia’s Life Festival : culture, prévention et dialogue

Lancé en 2023, Walia’s Life Festival s’est imposé comme un rendez-vous annuel majeur. Entre concerts, slam, danse, ateliers et conférences, chaque édition explore un thème de société touchant directement les jeunes. En 2025, le festival a mis en lumière la santé mentale, brisant un tabou et ouvrant un espace de parole autour des troubles psychologiques chez les jeunes.

  • Chabab CA9 : un rendez-vous artistique et citoyen

Créé par la compagnie de danse Wokitna en 2024, Chabab CA9 (« Jeunesse du 9ᵉ ») se veut un tremplin pour la jeunesse du quartier. Le festival mêle spectacles, formations, artisanat, débats et actions citoyennes. Il aborde des enjeux concrets comme la lutte contre l’alcool frelaté ou la protection de l’environnement, transformant chaque édition en projet civique autant qu’artistique.

  • Autres initiatives culturelles

Le 9ᵉ accueille également des événements ponctuels comme N’Djam s’enflamme en Slam, qui a révélé de jeunes talents dont le lauréat Nadjitessem Caleb, ou encore des initiatives sociales et culturelles telles que Brunch 9ᵉ Hanana ou les activités de la Maison des Jeunes de Walia (formations, concours artistiques, événements lors de la Journée de la femme ou de la Fête de la Musique). Si elles ne prennent pas toujours la forme de festivals à part entière, ces actions participent du même esprit : offrir aux jeunes du 9 arrondissement des occasions de se rencontrer, de se former et de faire vivre la culture au niveau local et ouverte aux nouveaux talents.

Les festivals du 9ᵉ arrondissement remplissent aujourd’hui trois fonctions essentielles :

  1. Un tremplin d’expression artistique

Ils offrent aux jeunes créateurs une scène qu’ils n’auraient jamais eue autrement :

  • performances en slam, danse, théâtre ;

  • expositions artisanales ;

  • compétitions stimulantes ;

  • rencontres avec des artistes confirmés.

Ces expériences renforcent la confiance, révèlent des talents et ouvrent parfois de véritables trajectoires professionnelles.

  1. Un espace de mobilisation sociale

Dans un contexte marqué par l’incivisme, les drogues ou les tensions sociales, les festivals deviennent des lieux de sensibilisation : santé mentale, environnement, citoyenneté, vivre-ensemble…
L’art sert ici de vecteur de prévention et de dialogue, accessible à tous .

  1. Un moteur d’opportunités

Formations gratuites, ateliers techniques, rencontres professionnelles, artisanat local mis en valeur…
Les festivals créent une dynamique économique et culturelle nouvelle qui inspire de nombreux jeunes à entreprendre ou à se former.

Malgré leur impact, ces festivals restent vulnérables :

  • peu ou pas de financement stable : organiser un festival représente un investissement conséquent, or les sources de financement sont rares. Pour boucler le budget, il faut solliciter à chaque édition des appuis extérieurs. Cette dépendance aux bonnes volontés rend les festivals fragiles d’une année sur l’autre. Si ces subventions permettent de pallier l’urgence, elles ne remplacent pas un financement pérenne ni des infrastructures publiques adéquates ;

  • organisation reposant sur le bénévolat : Les jeunes du 9ᵉ arrondissement montent ces événements le plus souvent sur une base bénévole, en s’appuyant sur des associations locales ;

  • absence d’espaces adaptés : sans scène équipée ni lieux de répétition adéquats, difficile de se produire régulièrement dans des conditions optimales ou d’attirer des troupes de grand calibre. Cela freine la professionnalisation des jeunes artistes ;

  • logistique souvent improvisée en plein air (par exemple souvent sur le terrain vague surnommé « l’espace sous antenne de Walia Ngoumna »,) ou dans des structures privées (hôtels ou lycées/écoles), , avec les aléas que cela comporte (météo, sonorisation précaire, logistique plus lourde).

Pourtant, la jeunesse du 9ᵉ arrondissement continue de faire preuve d’une créativité et d’une détermination remarquables, réussissant à maintenir ces rendez-vous année après année.

En conclusion, les festivals du 9ᵉ arrondissement montrent comment une jeunesse, malgré le manque de moyens, peut transformer son environnement, créer ses propres espaces et enrichir la vie culturelle locale.

Ils sont aujourd’hui :

  • des scènes d’expression,

  • des espaces de mobilisation,

  • des moteurs d’espoir pour une génération talentueuse mais encore peu accompagnée.

Avec un minimum de soutien institutionnel et des infrastructures adaptées, le 9ᵉ arrondissement pourrait devenir l’un des plus grands pôles culturels émergents du Tchad.

Image : Walia's Life festival (Facebook)