Carnage sur l’axe Walia -Toukra : la route de la mort ignorée
Entre route dégradée, absence de ralentisseurs, obscurité totale et accidents mortels à répétition, l’axe Walia - Toukra est devenu l’un des trajets les plus dangereux du sud de N’Djamena. Habitants et usagers tirent la sonnette d’alarme et exigent des mesures immédiates pour mettre fin à ce danger quotidien.
La rédaction
12/8/20255 min temps de lecture


Walia, Toukra, ces localités au sud de N’Djamena partagent une route nationale aujourd’hui tristement célèbre. Ces dernières années, l’axe Walia -Toukra jusqu’à Koundoul s’est mué en un véritable cauchemar pour les usagers. Les accidents mortels s’y succèdent à un rythme alarmant, faisant de chaque trajet un pari risqué sur la vie. Rien que cette année, les faits divers se sont multipliés : chauffards incontrôlés, collisions impliquant camions et mototaxis, familles entières frôlant le drame. La dangerosité extrême de cette route n’est plus à prouver, le bitume dégradé est tâché du sang d’innocents, et l’inaction publique persistante face à ce carnage interpelle une population excédée. Les habitants, abasourdis par l’hécatombe, parlent déjà de « route de la mort » et réclament des mesures urgentes pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme un scandale de sécurité publique.
Série noire en 2025 : des accidents à la chaîne
L’année 2025 a été particulièrement meurtrière sur l’axe Walia -Toukra. Le 30 janvier, un camion-citerne percute un taxi à Walia, un premier signal d’alerte qui donne le ton, heureusement sans victime. Le 20 mai, un motocycliste est tué devant la plantation de Walia, fauché par une benne chargée de sable. Dix jours plus tard, le 30 mai, un véhicule de police heurte mortellement un jeune homme à moto en pleine nuit.
Le 28 juin, une famille échappe de peu au drame : leur voiture, déstabilisée par l’éclatement d’un pneu sur la route de Toukra, est violemment percutée par un camion lancé à vive allure. Aucun décès, mais plusieurs blessés graves.
La série se poursuit à la rentrée. Le 6 septembre, un militaire meurt après avoir été heurté par un bus près de Toukra. Enfin, début décembre, un artiste tchadien perd la vie après avoir été écrasé par un camion à bagages à proximité de la station Tradex.
Cette litanie s'est poursuivie avec au moins une dizaine de personnes qui ont perdu la vie sur cet axe en 2025, sans compter les nombreux blessés. Une tendance claire se dessine : les accidents graves se multiplient, et l’axe Walia -Toukra s’impose comme l’un des plus dangereux de la capitale.
Pourquoi cette route concentre-t-elle tant de malheurs ?
Les constats sont unanimes : l’axe Walia -Toukra - Koundoul cumule des défaillances structurelles qui en font l’une des routes les plus dangereuses du sud de N’Djamena. La voie, étroite et dégradée, n’est plus adaptée au trafic croissant. Camions surchargés, bus interurbains et motos s’y croisent sur un espace réduit, souvent sans respect des règles de base, créant un terrain propice aux collisions. La vitesse excessive, notamment des poids lourds lancés sur une longue ligne droite, transforme chaque erreur en drame, comme le choc du 28 juin.
À cela s’ajoute l’absence totale de ralentisseurs conformes sur tout le tronçon allant du Lycée de Walia jusqu’au petit marché de Toukra, une zone pourtant très fréquentée. Sans dos d’âne pour casser la vitesse, les véhicules traversent les quartiers à vive allure, exposant directement riverains et usagers.
La nuit, la situation empire encore. Le manque d’éclairage public, signalé par une majorité d’habitants, plonge de longues portions de route dans l’obscurité. Beaucoup d’accidents surviennent d’ailleurs à la tombée du jour, comme celui qui a coûté la vie à l’artiste Gabin début décembre, rappelant l’urgence d’un éclairage public solaire sur cet axe essentiel.
Face à cette hécatombe routière, la colère gronde parmi les riverains.
À Walia comme à Toukra, la douleur est devenue un bruit de fond. Dans presque chaque famille, un parent, un voisin ou un ami a été fauché par cette route meurtrière. L’insécurité n’est plus une impression : c’est un quotidien. Et avec elle, un sentiment d’abandon qui s’installe profondément.
Sur les réseaux sociaux, la colère déborde. Les habitants y disent ce que personne ne vient entendre sur le terrain : la peur de sortir tôt, la crainte de rentrer tard, la frustration de voir les mêmes scènes d’accidents se répéter. Les posts, partagés des centaines de fois, ressemblent à des SOS. Les photos circulent, les cris d’alerte aussi. Et derrière chaque phrase, une question revient, implacable : combien de morts faudra-t-il pour que les autorités se réveillent ?
À Walia et Toukra, on ne demande pas des miracles. On demande juste que cesse l’hémorragie. Que la route ne soit plus un lieu de deuil mais un axe de vie. Que les habitants arrêtent enfin de payer, seuls, le prix du silence.
Combien de temps encore l’axe Walia -Toukra restera-t-il un coupe-gorge quotidien ?
Pour les habitants, l’heure n’est plus aux promesses : il faut agir. La situation relève désormais de l’urgence publique, et il appartient aux autorités d’y répondre sans délai. Les solutions existent, simples et connues de tous.
Première mesure : installer des ralentisseurs conformes, notamment devant et après la station Tradex de Walia, avant l’axe menant au cimetière de Toukra, et devant les bureaux de la Douane. Une intervention rapide, peu coûteuse, mais qui pourrait immédiatement sauver des vies en contraignant les conducteurs à ralentir.
Deuxième mesure : doter l’axe d’un éclairage public solaire. Laisser plusieurs kilomètres de route dans le noir complet n’est pas acceptable. C’est dans cette obscurité que se produisent les accidents les plus violents, faute de visibilité suffisante pour anticiper les dangers.
Troisième mesure : élargir et réhabiliter la chaussée pour en faire une véritable route 2×2 voies, avec une signalisation claire et des accotements sécurisés pour piétons et deux-roues. Ce n’est plus une simple revendication citoyenne : c’est un impératif d’aménagement que tout urbaniste reconnaîtrait.
Certes, ces travaux demanderont du temps et des investissements. Mais avant cela, des mesures immédiates doivent être prises : contrôles de vitesse renforcés, lutte contre la surcharge, sanctions contre les comportements dangereux, et présence accrue des secours aux heures critiques.
Au-delà de cet axe, ce drame révèle une vérité plus large : la sécurité routière doit devenir une priorité nationale, en particulier dans les zones périurbaines où la croissance démographique dépasse largement le rythme des aménagements. Chaque nouvelle victime est une victime de trop, et la répétition des décès sur cette route n’est plus tolérable pour la conscience publique.
Dans un pays déjà confronté à de multiples défis, peut-on accepter que des familles soient brisées alors que les solutions existent ? Il est temps d’installer ces ralentisseurs, d’allumer ces lampadaires solaires, d’élargir cette route qui ne devrait plus être un couloir de deuil.
L’axe Walia -Toukra doit cesser d’être un fait divers récurrent. Il doit redevenir une route normale, praticable sans peur. C’est une question de vie humaine, de dignité territoriale, et de respect du droit fondamental à la sécurité.
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